Pétitions...l’éfficacité recherchée/ Par Khaled Traouli


Par : Khaled TRAOULI
 ktraouli@yahoo.fr
 
La pétition demeure certes un outil démocratique pour affirmer son existence, sa réaction, son opinion et son désir, elle constitue certes l’instrument par excellence des plus faibles, des plus démunis, des plus minoritaires. Toute fois cette belle finalité repose sur un pilier de masse qu’est la démocratie, en l’absence de celle-ci la pétition prend une autre dimension, elle devient l’instrument de l’indépendance de l’opposition et de la protestation.
Dans ce sens la pétition pourrait jouer un rôle majeur de porte parole de la liberté, elle exprime à merveille un souci, une réprobation, un refus, elle constitue une forme civilisée de protestation et de lutte contre l’hégémonie. Cependant, elle ne peut remplacer l’ensemble de la résistance à la tyrannie et la totalité de la lutte contre la dictature.
A petits pas, une dérive s’installe dans la formation et le déroulement d’un processus de pétition, et qui semble de temps en temps tracer son sillon dans la culture de la protestation et dans la réaction de certaines oppositions, une dérive qui se dessine dans deux sens inquiétants :

1 / l’élitisme de la pétition :
 Ainsi nous remarquons sans difficulté l’existence d’un noyau dure qui se trouve dans presque toutes les pétitions politiques, les mêmes noms se répètent à l’infini, l’élite de l’opposition tunisienne. Or l’efficacité d’une pétition dépend du nombre des signataires et de son impact sur l’opinion publique. Si elle pourrait se déclencher par l’élite, néanmoins la pétition ne doit pas demeurer ainsi durant son évolution, elle doit épouser un maximum de signataires et être « populaire , une pétition réussie est une pétition qui sort du cadre élitiste pour être portée et appropriée par le « peuple ».
Mais me diriez-vous, la pétition est par essence ouverte à tous, et personne n’est empêchée d’y figurer! Il me semble que c’est la question majeure et fondamentale qui s’abrite derrière le lancement d’une pétition.
La pétition politique demeure de nos jours élitiste car elle exprime un défaut majeure que vit l’opposition tunisienne, c’est sa popularité qui est mis en cause, l’élitisme n’est que la révélation d’un échec. Et quoiqu’on dise sur la peur qui règne dans le pays et qui est une vérité sans équivoque, l’opposition doit assumer une partie de cet échec, de son éloignement des soucis importants du petit peuple, de son éparpillement et le « refus » d’une unité recherchée, de l’illisibilité de son programme si programme y’en a !
Les gens ne se basculent pas pour signer une pétition politique, par peur, pour certain, mais aussi pour d’autres par manque de confiance en une opposition disparate et dispersée ( on peut signer par des noms fictifs et surtout le nombre des réfugiés politiques et opposants tunisiens dans le monde ne se limite pas à une dizaine de personne )

2 / La pétition n’est pas la fin :
Déclencher une pétition c’est déclencher un processus de protestation et de lutte et non le finir, l’impression qui se dégage d’une pétition "à la tunisienne" et peut être ailleurs, c’est d’abord son éparpillement ( regarder le nombre des pétitions pour soutenir le journal "al maoqif"… un embouteillage insignifiant !), qui souligne la désillusion d’une recherche d’union de l’opposition, et ensuite le manque de l’intégration de la pétition dans un processus global de lutte et de résistance.
Pour certains, signer une pétition c’est signer un acte de fin de lutte une sorte de libération de son conscience.., figurer sur une liste c’est montrer à soi même son patriotisme et se convaincre qu’il est encore là, résistant de la première ou la dernière heure, et qu’il n’est pas « mort » mais pourvue que ça soit la fin !
Signer une pétition devient alors l’ultime acte de résistance pour certains, le moindre mal pour d’autres, puisqu’il demeure un acte isolé et le plus souvent individuel.
Ce petit texte n’a nullement l’intention de mettre en cause la sincérité des pétitions et de ses signataires, mais doute de son efficacité, et essaye de la ramener à sa vraie nature qui est « de formuler un idéal et d’exprimer une critique sur une situation considérée comme injuste » et dont l’objectif est de sensibiliser l’opinion et de la mobiliser pour une cause juste et souvent urgente.
 


2008-05-07